13 ans de WordPress

Je me suis intéressé à WordPress pour la première fois en 2006, je suivais le blog d'un intégrateur web et il parlait fréquement des nouvelles fonctionnalités qu'il implémentait sur son site. Je trouvais ça cool et j'ai vite compris qu'il s'agissait de plugins qui venaient se greffer sur son blog. A l'époque mon blog tournait sous SPIP, un CMS développé par une équipe Française. J'avais également testé DotClear mais vue les possibilités offertent par la quantité de plugins de WordPress, j'ai très vite migré mon blog sous ce CMS.

Je rencontre alors la communauté WordPress lors de mes premiers barecamp à la Cantine (Paris), les gens sont sympas et l'ambiance est détendue. La communauté s'organise et lance le WordCamp Paris, évènement qui se répandra progressivement dans d'autres villes. J'ai toujours apprécié cette communauté acueillante et dont les valeurs sont basées sur l'entraide et le partage.

WordPress devient alors ma première source de revenus, je suis co-fondateur d'une boutique de thèmes puis je réalise des projets pour des clients jusqu'en 2019. De 2008 à 2018, j'enseigne WordPress dans une licence multimédia de l'université de Corté. En parallèle de mes projets freelance, je réalise des sides-project. J'essaye de concevoir un SaaS pour gérer des conférences à l'aide de WordPress multisite. Je suis inspiré par un autre projet SaaS, HappyTables, destiné aux restaurateurs.

J'ai donc travaillé avec WordPress de 2006 à 2019 ce qui m'a permi de bien appréhender ses forces et ses faiblesses.

La remise en question

Après 13 ans d'utilisation de WordPress, il y a plusieurs raisons qui m'ont incité à considérer d'autres solutions pour développer mes projets de sites web.

Je ne suis pas la cible du produit

WordPress est divisé en deux entités : wordpress.com, l'entité commerciale gérée par la société Automattic et wordpress.org, la fondation, qui encadre le projet Open Source. Le projet Open Source WordPress évolue grâce aux nombreuses contributions de sa communauté mais aussi par les contributions d'Automattic. Comme toute société privée, Automattic se préoccupe des besoins de ses clients dans sa stratégie commerciale et l'évolution de son produit pour assurer sa pérennité. Cela se répercute donc directement sur le projet Open Source que nous utilisons tous. En tant que développeur web, j'ai pris conscience au cours du temps que je n'étais pas la cible à satisfaire par Automattic et le fait qu'une partie des contributions soit effectuées par cette société influence en partie l'orientation des choix fait sur le projet WordPress.

WordCamp, une machine de guerre marketing à bas coût

Les Wordcamps se sont considérablement développés à travers le monde participant à la diffusion de ce CMS auprès du grand publique. Les WordCamps des grandes villes Américaines et les WordCamps Europe attirent plusieurs milliers de personnes. J'ai connu les premiers BarCamp et WordCamp à Paris et dans certaines grandes villes de France. Les équipes bénévoles, dont j'ai fait partie à plusieurs reprises, avaient une relative autonomie. Mais plus le phénomène a pris de l'ampleur, plus j'ai eu l'impression que des contraintes étaient imposées aux organisateurs par l'équipe de la fondation WordPress. Le dirigeant de Automattic est à tête de la fondation WordPress.org depuis sa création, une partie de l'equipe qui gère la fondation sont des employés de Automattic. J'aurais préféré que la fondation soit complètement gérée par la communauté sans personnes physiques issus de la société Automattic pour éviter tout conflis d'intérêt. En tant que bénévole, cela m'a personnellement posé problème.

Les choix technologiques

Automattic à fait le choix d'assurer un maximum de retro-compatibilité entre ses différentes versions. J'ai longtemps trouvé cela louable mais le revers de la médaille c'est que le code est devenu de plus en plus illisible. Le language procédural côtoie le language objet et WordPress s'interdit une remise en cause radicale de son architecture.

Un autre choix m'a toujours agacé dans WordPress, c'est le fait de stocker ses URLs dans la base de données. Toutes migrations ou changement de nom de domaine impliquent de modifier ces URLs dans la base de données. Prise de tête assurée qu'on aurait pu s'éviter !

Enfin, l'arrivée de l'éditeur Guntenberg qui a introduit le framework React dans l'ecosystème WordPress a fini de m'achever. Je ne suis pas du tout fan de ce framework JavaScript. Je le trouve trop complexe et verbeux en comparaison d'un framework comme Svelte.

Un espace d'administration trop rigide

Beaucoup de CMS proposent un espace d'administration prédéfini auquel le développeur doit s'adapter pour gérer son contenu. C'est le cas de WordPress et je trouve cela contraignant et contre productif. Si je veux adapter l'espace d'administration de WordPress aux besoins des projets de mes clients, je dois soit ajouter du code pour retirer des éléments de l'interface graphique qui ne sont pas utiles (et encore cela n'est pas toujours possible), soit ajouter des plugins pour ajouter des éléments de formulaires personnalisés qui ne sont pas à ma disposition par défaut dans WordPress.

Un espace d'administration qui peut vite devenir une usine à gaz

Le choix exhaustif de plugins proposé dans l'écosystème WordPress est à la fois une force et une faiblesse. En effet, je trouve qu'il y a un manque de cohérance dans les interfaces graphiques proposées par les différents plugins. L'espace d'administration peut vite devenir complexe et difficile à maîtriser pour les utilisateurs. Au cours de mes missions, j'ai eu à maintenir plusieurs projets de site WordPress en même temps avec des dizaines de plugins chacun dont certains très riches en écrans et options (WPML, S2Members ...). N'étant pas tous les jours le nez dans l'espace d'administration, c'était devenu une véritable angoisse d'avoir à retoucher aux options de ces plugins par ce qu'une mise à jour c'était mal passée ou parce qu'il fallait intégrer un nouveau changement.

WordPress, victime de son succès

WordPress, propulsant presque la moitié du web, est devenu la cible préférée des hackeurs et des bots qui scannent les failles de sécurité H24. Un site WordPress en production nécessitera une vigilance accrue et fera l'objet de nombreuses sollicitations qui consomeront des ressources serveur inutilement. Regardez vos logs, c'est hallucinant.

L'envie de changement

Enfin, je crois que l'une des raisons principales qui a motivé mon désir d'étudier des alternnatives à WordPress, c'est aussi l'envie de découvrir d'autres outils, d'autres technologies et d'autres manières de faire. Je me suis intéressé au renouveau des sites statiques et au mouvement JAMstack, aux CMS flat files comme Grav ou Kirby et dernièrement au compilateur JavaScript Svelte.

Conclusion

Même si vous n'êtes pas développeur ou développeuse web à faire de la veille technologique régulièrement, vous avez probablement déjà entendu parlé de WordPress mais pas forcément des autres solutions alternatives qui sont à votre disposition. C'est normal, WordPress est l'outil mainstream du moment et c'est rassurant de se dire que l'on va utiliser le CMS utilisé par la moitié du web.

WordPress reste à mes yeux un formidable outil pour concevoir des sites web lorsqu'on a certaines contraintes (temps, budget, compétences dev. à disposition) mais je ne le privilégie plus aujourd'hui lorsque je dois faire le choix d'un CMS pour un projet de site web et j'aimerais que les personnes qui souhaitent faire un nouveau site web s'autorisent aussi la liberté d'envisager d'autres solutions.